Origami, un outil de méditation
origami et méditation

Origami, un outil de méditation

Récemment, j’ai assisté à un tour de magie extraordinaire, éloigner quatre gamins de leurs écrans pendant plus d’une heure et demi !!!

Chacun avait un type d’écran différent: un ordinateur portable, une console, une tablette et un smartphone !

Ce tour de force a été réalisé, non pas avec une autre forme de nouvelle technologie, mais avec une activité très ancienne qui nécessite simplement des feuilles de différentes couleurs et le mode d’emploi !

Au début ils n’étaient pas tous très enthousiastes mais au fil de l’exercice, ils y ont tous pris goût.

A la fin ils étaient très fier du résultat mais ils étaient aussi beaucoup plus calmes et détendus, ils avaient oublié les fortnite, youtube et manga animé même si l’effet c’est vite estompé.

Mais quelle est donc cette sorcellerie ??? C’est l’art de l’origami !

 

L’Origami, une origine pas très japonaise

Avant 1880, l’origami était appelé Orikata (ou Origata).

Origami vient du japonais 折り紙 : de oru « plier » et kami  « papier » qui a évolué en gami.

C’est l’art du pliage.

L’Homme ayant un goût prononcé pour l’art, on pourrait penser que l’envie de créer des formes avec des feuilles pourrait lui être venu dés la création du papier.

Alors à quand remonte cette création? Le papier étant une matière fragile qui se dégrade très facilement, il est difficile d’en trouver les traces à des époques très reculées.

Pour ne pas insulter l’intelligence de nos ancêtres, on va prendre la version « officielle » qui fait remonter la création du papier à environ 200 ans avant notre ère soit quelques jours à l’échelle de l’humanité…

Et dans quelle région du monde à-t-on fait cette découverte??? Et oui en Chine.

Les découvertes archéologiques depuis 1933, nous montrent que le papier était utilisé en Chine depuis le milieu du IIe siècle av. J.‑C.

Le plus vieux bout de papier (Chine Magazine)

En 1986, on retrouve  dans une tombe près de Tianshui,  une carte géographique datant des Han de l’Ouest (176‑141 av. J.‑C.).

Le papier chinois était fabriqué à partir de fibres végétales ou de bois râpé de chanvre, de bambou, de paille de riz ou bien encore d’écorce de mûrier….

Cai Lun (Lou Tsaï loun), un haut fonctionnaire de la Cour des Han, vers 105‑120 après J.‑C., a rendu la structure du papier plus fine et plus résistante et qui se prête mieux à l’écriture. Il a inventé « le papier de chiffon » en ajoutant à la pâte de base, des bouts de chiffons, des cordages et des vieux filets de pêche qui ont macérés dans de l’eau.

Il semblerait que l’art du pliage de papier ait vu le jour en Chine à cette période, il est appelé zhézhǐ (折紙 / 折纸).

Ce terme regroupe à la fois les techniques de pliage de papier et de papier découpé, mais le découpage prédominait sur le pliage.

A l’époque la fabrication du papier était cher, ce qui coupe l’envie de faire mumuse avec.

C’est pourquoi les premiers zhézhǐ ont été utilisés dans les cérémonies notamment les funérailles. Ces pliages représentaient généralement des d’objets tels que des plats, des chapeaux ou des bateaux plutôt que des animaux ou des fleurs.

Et c’est au VI ème siècle que le papier a été introduit d’abord en Corée puis au Japon par des moines bouddhistes voir même un seul moine, un certain Dokyo. Et c’est au Japon que le pliage a été élevé au rang d’Art et a évolué pour devenir cette pratique connu désormais sous le nom d’origami.

Au début, comme en Chine, le papier était cher et rare et il était aussi utilisé dans les cérémonies.

C’est ainsi que dans les mariages shinto traditionnels, les papillons en papier étaient utilisés pour orner les bouteilles de saké. Ces papillons, appelés Mecho et Ocho, sont certainement la première forme d’origami figuratif.

Sur la photo suivante qui est qui en sachant que Mecho est la femelle et Ocho le mâle?

Mais oui c’est facile comme question  😛

Le premier livre publié sur le pliage de papier date de 1764, il s’agit du « Tsutsumi-no Ki » de Sadatake Ise. On y trouve des instructions pour plier 13 plis cérémoniels.

Tsutsum iNo Ki

Et le premier livre documentant le pliage de papier à usage récréatif date de 1797, il s’intitule « le secret du pliage de 1000 grues » de Senbazuru Orikata. Il décrit des instructions sur la manière de plier 49 grues papier et de les relier entre elles.

le secret du pliage de 1000 grues

Et depuis la légende dit que si une personne plie mille grues de papier, elle verra son vœu exaucé.

C’est pour cette raison, que Sadako Sasaki, une petite survivante d’Hiroshima, atteinte de leucémie à l’âge de 12 ans certainement due  aux radiations atomiques, a commencé à plier des grues en papier.

Malgré cela, sa santé s’est dégradée et elle quitta notre monde en 1955 en ayant plié 642 grues. Ses camarades d’école ont pris l’initiative de finir la guirlande et la légende dit qu’elle fut enterrée avec.

Cette histoire a touché tous le Japon et on a érigé une statut à son effigie dans le parc de la Paix à Hiroshima.

statut de sadako sasaki

Depuis l’art de l’origami a envahit la planète.

Des records on été établit, le plus petit origami a été fait avec une feuille de 1 mm² et le plus grand est une grue de 78 m de haut pour 800 kg!!!

Un autre record, en 2000, une association a organisé la réalisation de 1,2 millions de grues pour la paix dans le monde, il aura fallu 400 bénévoles répartis dans 18 pays.

La grue étant un symbole de longue vie et de bonne santé.

Même en France, on est rentré dans le Guiness des Records grâce aux origamis en 2017. A l’occasion du Téléthon, des volontaires de la petite commune de la Chapelle-St-Ursin, près de Bourges, ont réalisé une chaîne de 36.370 origamis, il aura fallut 9 juges et 10h10 de comptage!!!

Téléthon: record de chaîne d’origamis

 

L’origami contemporain

Les personnes qui font des origamis sont appelés origamistes.

On attribut la paternité de l’origami contemporain à l’origamiste japonais Akira Yoshizawa (吉澤 章). Il a créé 50000 pliages différents. Il a reçu l’Ordre du Soleil levant en 1983 par l’Empereur du Japon Hirohito, l’équivalent de la légion d’honneur chez nous. Ça montre l’importance de l’origami au Japon.

Akira Yoshizawa

Akira Yoshizawa a inventé un système de codification des plis de l’origami via la notation de symboles et diagrammes qui permettent de créer un pliage. Ce système, amélioré par Samuel L Randlett, se nomme système Yoshizawa-Randlett. Il est utilisé internationalement depuis sa création dans les années cinquante.

On y trouve trois types de plis:

  1. Plis simples: vallée, montagne et zig-zag
  2. Plis intermédiaires: le crimp, le renversé intérieur, le renversé extérieur, l’oreille de lapin, le pli pétale et le pli aplati
  3. Plis complexes: la double oreille de lapin, les trois plis enfoncés (ouvert, fermé, aplati), le retournement de papier.
système Yoshizawa-Randlett (tiré de http://origami.passion.free.fr)

Ce système a inspiré les scientifiques comme par exemple l’astrophysicien japonais Koryo Miura, qui a inventé et donné son son au pliage Miura (ミウラ折)

Pliage Miura

Ce pliage à permis de simuler le déploiement de panneaux solaires géants pour des satellites par l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise.

On peut trouver plein d’autres applications mathématiques et scientifiques mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.

L’Origami comme outil de « zenitude »

Quand on parcours les rayons des librairies qui traitent de l’origami, on tombe sur des livres qui font penser que ces pliages peuvent conduire à un état de bien-être. On utilise des mots comme thérapie, zen (le sens de ce mot a été déformé mais il est vendeur), anti-stress

Attention quand on voit 1000 pages d’origami, ça correspond à 500 feuilles !

En dehors de l’argument commercial d’associer « origami » et « bien-être », cet art peut-il répondre à cette promesse?

Myriam De Loor dans son livre « Pliage Thérapie » nous dit en commentaire sur une figure appelé « Brise de papier »:

Ce qui nous parvient de la suite répétée des plis, c’est une suite d’instants qui donne accès aux choses simples comme ce petit accordéon de papier, à la beauté fragile et éphémère. Toutes les tensions, le stress, les contrariétés du quotidien, peuvent aller se cacher dans les plis de votre papier, plis infinis, plis d’éventail ou d’accordéon, et ne jamais en resurgir, enfin !

Selon elle, faire des pliages de papier agit sur le stress et les tensions.

Le professeur Kawashima Ryuta de l’université de Tohoku, spécialiste du « cerveau », a démontré que la pratique de l’origami augmente la circulation sanguine dans le cerveau et l’aiderait donc à mieux fonctionner.

Cette pratique développerait le cerveau des enfants et maintiendrait, chez les personnes âgées, l’activité cérébrale et aurait donc une action sur les maladies dégénératives.

Notre grand maître origamiste, Akira Yoshizawa, qui pour rappel est le père de l’origami contemporaine, a suivi des études pour être prêtre bouddhiste. Avant de se coucher, il priait et essayait de comprendre l’esprit de la créature qu’il allait créer en étudiant sa nature, sa musculature et son tempérament. Sa formation bouddhiste et son état d’esprit pour créer ces pliages en 3D, laisse penser qu’il faut une bonne dose de méditation et de concentration pour y arriver.

En pliant, nos doigts sont occupés sans avoir à faire travailler le mentale et la répétition a pour effet de libérer notre esprit. Le pliage agit comme un mantra qui libère notre esprit, comme le ferait la prière et la méditation. Certains parlent même d’une libération semblable à celle du bouddhisme zen, faut voir 🤔.

Une école d’origami basée sur des principes zen a même été fondée par un italien, Vittorio-Maria Brandoni, selon lui:

« Tout comme la pratique de la contemplation dans le Zen mène à l’illumination, le fait de plier de la bonne manière devrait mener à un «réveil» de notre esprit et de notre cœur. »

Mais, ajoute-t-il, l’origami n’est que du papier pliant – celui qui veut le comprendre doit juste commencer.

Samuel Tsang est professeur d’origami à Londres, il est l’auteur de The Book of Mindful Origami. Il enseigne l’origami depuis 2003 aux enfants et aux adultes. Il mixe l’origami avec la méditation « pleine conscience ». Pour lui:

« Avant de pouvoir méditer à travers l’origami, vous devez d’abord connaître les plis par cœur. Après cette étape initiale d’apprentissage, vous êtes alors capable de vous coucher avec une approche méditative et ciblée.

Pour Tsang, l’origami doit être utilisé pour méditer et atteindre « la perspective, la persistance, la patience et la pratique ». La clé est d’abandonner le perfectionnisme, l’autocritique ou le jugement de soi. Le fait de focaliser son attention sur l’origami, stabilise l’esprit et favorise le calme.

Selon lui, voici quelques effets de la pratique de l’origami:

  • améliore la capacité à prendre conscience de ce qui se passe dans l’instant
  • permet aux enfants de développer des compétences spatiales et de perception
  • d’apprendre les mathématiques
  • d’affiner la dextérité et la coordination main-œil
  • améliore la concentration
  • améliore la visualisation spatiale et les compétences en mathématiques chez les collégiens

Le fait de transformer une feuille de papier en objet en trois dimensions c’est comme donner la vie à une plantes, une insecte ou un animal, c’est juste magique et pas uniquement dans les yeux d’un enfant.

La pratique de l’origami permet d’atteindre un état qui apporte calme et sérénité mais contrairement à la méditation « classique », à la fin on a créé un objet dont on peut être très fier et qu’on peut offrir 😉

Bonne énergie !

Fatah 🐉

Pour en savoir plus:

Pour ceux qui sont de passage à Tokyo, il y a un espace dédié qu’à cet art:

LE CENTRE ORIGAMI KAIKAN avec des démonstrations, des expositions, un atelier de fabrication de papier traditionnel et des cours d’origami.

CENTRE ORIGAMI KAIKAN
Adresse :

1-7-14 Yushima, Bunkyo-ku, Tokyo (Origami Kaikan) 113-0034

Un article sur l’origami pratiqué dans une unité psychiatrique de l’hôpital Kootenay Boundary au Canada – ICI

 

 

 

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