ACUPUNCTURE JAPONAISE

ACUPUNCTURE JAPONAISE

En France, quand on parle de médecine asiatique, on pense tout de suite à l’acupuncture. La seconde pratique, nous vient du pays du soleil levant, c’est le Shiatsu. C’est un système de soin complet qui est trop souvent réduit à une pratique de bien-être.

La médecine chinoise ne se réduit pas à l’acupuncture, tout comme la médecine japonaise au shiatsu.

J’ai voulu faire un article sur une de ces pratiques nippones, l’acupuncture japonaise. Je me suis tout naturellement tourné vers Daniel Luz qui en parle toujours avec passion. Il va faire venir en France des sommités japonaises pour enseigner cette pratique.

C’est donc l’occasion d’en connaitre un peu plus.

Daniel est Brésilien, il a eu la gentillesse de faire un article en français qui n’est donc pas sa langue d’origine, merci à lui, je vous laisse avec ces explications.

Daniel Luz

L’intérêt de l’acupuncture Japonaise

Quand je dis que je pratique l’« acupuncture japonaise », la première chose que j’entends est: « Mais… l’acupuncture, elle est bien chinoise, non ?». Cette  question me rend à la fois heureux et triste. Heureux, car elle indique que l’acupuncture s’est si solidement établie dans l’esprit des gens comme une alternative respectable aux traitements de la médecine conventionnelle, qu’aujourd’hui on sait même d’où elle vient ! Et pourtant, encore dans les années 60, cette pratique était considérée comme de « l’exotisme préscientifique », réservé à des orientalistes et des hippies. Donc, un point pour l’acupuncture.

Triste, parce que personne ne sait ce que c’est que l’acupuncture japonaise !

Alors je profite de l’invitation de mon ami Fatah pour vous raconter un peu la joie et de l’émerveillement constant que c’est de travailler dans cette tradition.

 

Tout d’abord, la différence conceptuelle principale :

En acu japonaise, la bible c’est le Nánjīng, le « classique des difficultés » compilé probablement autour du IIe siècle après J.-C. C’est l’ouvrage par excellence de la « correspondance systématique » dont parle Paul Unschuld, ayant comme base empirique le système du yīnyáng et celui des cinq phases[1]. Donc pas de médecine des ancêtres, pas de démonologie, pas de « magie homéopathique »[2].

 

Ensuite, un peu d’histoire :

L’acupuncture au Japon s’est développée de façon particulière par rapport à son homologue chinois : à l’époque d’Edo (1600-1868), cette profession était presque exclusivement réservée aux malvoyants. À la suite de cela, une immense richesse de techniques manuelles de diagnostic par palpation (en particulier le fukushin, la palpation abdominale), de manipulation d’aiguilles et moxa et d’utilisation d’autres matériaux et instruments a été développée. Des exercices de raffinement technique, de sensibilité à l’arrivée du ki et de développement tactile, un souci particulier concernant la localisation précise des points par le toucher, un aiguilletage indolore et une douce sensation d’arrivée du ki sont les caractéristiques de cet héritage.

À partir de la fin des années 1920, un mouvement de refondation de l’acupuncture émerge au Japon. Un groupe de jeunes acupuncteurs dévoués s’est réuni autour de Yanagiya Sorei, formé dans la première école d’acupuncture au Japon pour les personnes ayant une vision normale, et qui a plaidé pour un retour aux classiques, particulièrement aux idées du Nánjīng (notamment les chapitres XVIII et LXIX).

Sous l’inspiration de Yanagiya, l’Oriental Medicine Research Society et l’Oriental Medical Journal ont été créés, fournissant ainsi un cadre qui a abrité les acupuncteurs qui défendaient un retour au référentiel du réseau des canaux et des collatéraux comme objet préférentiel de l’intervention en acupuncture. C’était la naissance de l’école Keiraku Chiryu, littéralement « Méthode de traitement par les canaux et collatéraux » (经络疗法).

En France, ce style d’acupuncture a connu un essor dans les années 1950, à partir du travail de George Oshawa, le fondateur de la macrobiotique, et de Heribert Schmidt, un homéopathe allemand[3] qui a étudié avec Akabane Kobe (qui était proche de Yanagiya), et qui a traduit pour l’allemand plusieurs travaux des auteurs japonais de l’époque. En plus, Mr. Schmidt était un enseignant actif qui a donné plusieurs séminaires en France et en Allemagne, introduisant la méthodologie des 5 éléments (mouvements), avec son propre style de fukushin (diagnostic abdominal), le test Akabane et des éléments de l’école Sawada de moxibustion. Mr. Schmidt est aussi le traducteur du célèbre poster des 5 éléments de Shohaku Honma en allemand.

Cependant, les auteurs plus influents en France (d’abord naturellement Georges Soulié de Morant mais aussi ses élèves et associés Roger de la Fuÿe, Jean Niboyet et Jaques Lavier) étaient plus proches des conceptions chinoises, fait déterminant dans la direction de l’acupuncture en Europe.[4] [5]

En 1971, le coup de grâce : James Reston, à l’époque vice-président du New York Times, visite la Chine en même temps que la délégation de Henry Kissinger qui y était pour annoncer la visite de Richard Nixon. Le journaliste subit une crise de douleurs au ventre accompagnée de fièvre, diagnostiquée comme une appendicite aiguë. Il se fait opérer à l’Hôpital Anti-Impérialiste à Beijing. Le deuxième soir après l’opération, souffrant encore, il consent à recevoir un traitement d’acupuncture. Ce traitement est efficace, et Mr Reston raconte son aventure le 26 juin 1971 dans les pages du NYT. Cet événement fortuit a été décisif pour la projection en Occident de la présentation chinoise de l’acupuncture : présente dans les grands hôpitaux, exercée par des gens en blouse blanche, efficace même sur des occidentaux, recherchée par des méthodes scientifiques ; enfin, c’était du sérieux ! L’acupuncture japonaise se voit définitivement reléguée à un second plan.

Après la révolution chinoise, le système de santé de ce pays a subi plusieurs réorganisations. Dans la période maoïste, les patients prenaient leurs consultations dans les centres de santé de leur unité de travail. Pour l’acupuncture, le protocole basique d’attention était fixé à 7 séances journalières avant réévaluation.

En Chine, donc, le patient n’avait pas le droit de choisir l’acupuncteur ni la clinique. Il était censé aller dans son centre de santé et recevoir son traitement avec le médecin qui y était. Ces médecins n’avaient  aucun souci par rapport au retour du patient : leur revenu mensuel n’était pas déterminé par le nombre de patients qu’ils consultaient, et si la technique d’aiguilletage ne plaisait pas au patient, ce n’était pas leur problème.

Au Japon, la situation était l’inverse. Les japonais adorent les massages forts, même douloureux ; par contre ils détestent les « aiguilletages » incommodes ! En plus, pour la vaste majorité des cas, les assurances maladies au Japon ne remboursent pas les traitements en acupuncture. Comme il faut payer de sa propre poche, si les patients ne ressentent pas des résultats immédiats il est fort à parier qu’ils ne reviendront pas – donc, pas de revenu. Cet environnement plutôt difficile a poussé les acupuncteurs japonais à développer un système extrêmement agile du point de vue conceptuel, avec des interventions suaves et des résultats rapides.

 

Mais ça se passe comment, une consultation en acupuncture japonaise ?

Tout d’abord il faut considérer que l’univers de l’acu japonaise est très varié. Chaque lignée a ses propres techniques, outils et façon de procéder. Typiquement, les maîtres créent des protocoles dont une partie est presque toujours appliquée, quelle que soit la situation, et une autre partie répond aux besoins spécifiques du patient.

Ces protocoles comprennent – de manière générale – la prise de pouls (parfois pour déterminer un « modèle » de déséquilibre fondamental propre au patient) suivie de l’examen du fukushin et la palpation des canaux possiblement atteints, des zones problématiques et de certains points, comme la région de TF16 dans le style Matsumoto/Nagano, ou les points-réunion des canaux yin de la jambe, dans le style Kobayashi.

Ensuite, on commence la thérapie proprement dite avec des mesures d’attention à la santé, où le principe est de renforcer la normalité vitale. Ce sont des stratégies à peu près invariables, effectuées avec des aiguilles, des teishin (les multiples instruments métalliques de l’acu japonaise, voir photo), de l’okyu (moxa), kyukaku (ventouses), anma (massage) etc. Par exemple, cette première partie peut consister en piquer légèrement certains points dans un ordre spécifique avec une seule aiguille qui n’est pas laissé dans le corps du patient ; ou bien employer une technique de picotements suaves sur l’abdomen avec une aiguille spéciale dont la pointe est arrondie ; ou encore régler les signes du fukushin avec des pastilles en cuivre et zinc pour stimuler les vaisseaux merveilleux.

Après ces premiers mouvements, on revient sur les pouls et l’abdomen. Si les modifications sont considérées comme satisfaisantes, on passe aux « modèles de dysharmonie », le plus souvent avec des tonifications suivant la logique du cycle de génération des 5 éléments. Ensuite, on traite les zones et canaux atteints, soit les symptômes plus actifs, si nécessaire. De mon expérience, lorsqu’on renforce l’organisation vitale et traite les modèles de dysharmonie, 70% des plaintes observables disparaissent. S’il y a encore une gêne localisée quelconque, on la traite comme une « finition ».

C’est un peu l’inverse à ce à quoi j’étais habitué dans ma formation en acupuncture chinoise. Bien sûr, je connaissais la théorie de traiter branches et racines, mas la pratique avait comme but essentiel de traiter la plainte. J’observe que la grande majorité des acupuncteurs travaille comme ça, en se heurtant contre elle. Par contre les acupuncteurs japonais, sagement à mon avis, relèguent la plainte à la position d’un détail final du traitement.

Il y a quelque chose de magique dans cette inversion : on passe beaucoup plus de temps sur la normalité que sur la dysharmonie, laissant ainsi le corps et la force vitale libres pour rattraper la santé. Les résultats son frappants.

Quand j’ai été invité pour enseigner ma Thérapie Imagétique (TI) en France, je ne savais pas que l’acupuncture japonaise y était quasiment inconnue. L’idée m’est alors venue d’offrir une formation en acupuncture japonaise en Europe à partir de la manifeste curiosité de la part des élèves de cette première promo de TI (et plus tard confirmée par la 2e promo à Paris et Lyon) au sujet des conceptions et surtout des stratégies pratiques des styles japonais avec lesquels je travaille – et qui sont à la base de la TI.

Grâce aux efforts conjoints de l’équipe TIF[6], de moi-même et de mon collègue, cher ami et premier sensei d’acu japonaise, Acácio Suzuki, un des occidentaux les plus branchés dans le monde de l’acupuncture au Japon, nous avons finalement réussi à mettre à point un programme couvrant l’acupuncture (avec et sans insertion), les teishin, le moxa, les massages (école anma) et le traitement pédiatrique traditionnel shounishin dans une formation dense en 6 séminaires dont les trois premiers donnent toutes les techniques de base (utilisables dès le lendemain en cabinet) et les trois suivants sont chacun sous la responsabilité d’un des professeurs les plus respectés de l’acupuncture japonaise de l’actualité. Pour l’année 2018-2019 nous serons honoré de la présence des grands maîtres Kuwahara Koei et Miyawaki Kazuto, (élèves directs du légendaire Kodo Fukushima, fondateur de l’école Toyohari), et Shuto Junko, fille et héritière de maître Tanioka, unanimement connu comme la plus grande autorité en shounishin au Japon.

Kuwahara Koei

C’est une opportunité de rêve : une formation d’excellence en acupuncture et techniques japonaises, qui préserve sa grande force : la pluralité d’idées et procédés. Je m’excuse de faire la pub, mais je suis moi-même enthousiasmé !

Je vous laisse le lien pour mieux connaitre les détails :

Daniel Luz

 

[1] Unschuld, P: Medicine in China, A History of Ideas, p.p 52-99.

[2] Où des résonances par similitude de forme et fonction pourraient produire des effets thérapeutiques. Je ne parle pas ici de la rationalité médicale homéopathique crée par Samuel Hahnemann au XVIIIème siècle.

[3] Vice-président de l’association d’acupuncture allemande entre 1951et 1967, devenant président de 1967 jusqu’à 1971.

[4] Peter Eckman, In the Footsteps of the Yellow Emperor, pp.109-140, Cypress Books, CA.

[5] Même si Soulié de Morant a aussi été influencé par des sources japonaises comme Sawada.

[6] Notre association : Thérapie Imagétique France (http://www.ti-france.com)

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